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[Connaissance des Métiers]
Homme des bois… tout en finesse

Les vignerons disent que, pour faire un bon vin, il faut d'abord du bon raisin. Le tonnelier fait preuve du même bon sens : pour un tonneau parfait, il faut un bois exemplaire ! Ces formules limpides donnent une idée de la finesse, du discernement et de l'expérience dont doit faire preuve celui qui choisit l'arbre originel, la grume porteuse des plus belles promesses, première étape vers la douelle impeccable…

Fabien Henrion est commis de bois pour le compte de Sogibois, principale merranderie du Groupe Francois et Frères, ou plutôt "réceptionneur de bois", car c'est ainsi qu'on appelle, dans le métier ceux qui arpentent les forêts de chênes à la recherche de la grume rare.
"Pour fabriquer un fût, résume Fabien Henrion, on doit utiliser du chêne de la meilleure qualité. Je recherche le chêne parfait, celui qui pousse lentement dans les futaies, qui témoigne du grain fin et qui donne au vin des tannins souples, peu agressifs. Il est nécessaire d'avoir un regard entraîné pour déceler le moindre défaut. Par exemple, une écorce qui n'est pas assez lisse atteste d'un grain à l'accroissement légèrement grossier. Nous savons alors que nous avons affaire à une bille de taillis sous futaie, moins précieuse pour nous qu'une bille de futaie, à l'écorce fine et polie, comme on en trouve dans les bois entretenus par l'Office National des Forêts. "

Itinéraire du commis parfait

Outre une grande forme physique et une femme très compréhensive (car le rayon d'action de Fabien Henrion est si large que les soirées en famille sont parfois compromises), le réceptionneur doit aimer la nature et l'air libre. "On marche beaucoup avant de rencontrer la grume idéale. Dès que j'arrive sur un site où les grumes ont déjà été abattues par les bûcherons, mon premier réflexe est de regarder si elles n'ont pas de picots indésirables ou un fil de travers ".
Philippe Balland, acheteur pour les Tonnelleries François Frères en Bourgogne, apprécie particulièrement cet aspect du métier : " Si on n'aime pas la nature, ce n'est pas la peine de prétendre être commis de bois ! J'ai d'abord été vendeur dans une exploitation forestière et je suis désormais commis de coupe pour les Tonnelleries François et Frères. Je suis passé de l'autre côté de la barrière, mais ça fait 17 ans et ça me plaît toujours autant ! " C'est peut être cette double expérience qui permet aujourd'hui à Philippe de posséder une perception aussi fine que les précieux grains qu'il ne cesse de chercher : " Je sais d'instinct si les billes dépassent les 38 centimètres de diamètre requis pour faire de bons merrains de tonnellerie ! L'hiver, je m'intéresse au risque de gélivure : un bois c'est un peu comme un homme, mais composé à 90 % d'eau. Si cette eau gèle, elle fait gonfler le chêne qui peut éclater. Je suis attentif à de signes quasi invisibles, comme les petits cordons de gel qu'on trouve parfois sur l'écorce quand la température est tombée au-dessous de 0°. Ils annoncent un décollement des couches annuelles, l'épaisseur du bois correspondant à 1 année de vie. C'est très mauvais pour les futurs merrains ! "

Selon Bernard Gendre, directeur de Sogibois, cette acuité est au cœur du métier. "Les réceptionneurs sont mobiles, mais ne doivent rien perdre en route : tous les détails sont importants pour choisir le bois que méritera le fût. Ils parcourent toute l'année l'ensemble du patrimoine forestier français (Le centre, de la Sarthe, de l'Allier, des Ardennes… ) afin de sélectionner les meilleurs lots de chêne (Haute Futaie) car le vin, qui mûrit par la force du bois, s'accommode mieux de cette essence. Chaque grume est passée au peigne fin pour éviter une maladie comme le bois rouge qui la rend impropre à la conservation du vin ! Mais surtout, les commis connaissent parfaitement chacune des étapes en partant des conditions de stockage jusqu'à la douelle finale… "
En effet, la merranderie et l'art du façonnage ont aussi leurs spécialistes, mais c'est une autre histoire…


[Le parlé du métier]

>> Le grain : c'est l'espace qui sépare les cernes d'un arbre.

>> Une grume : c'est le tronc d'arbre non équarri, encore recouvert de son écorce.

>> Le merrain : c'est un bois de chêne débité en douelles et destiné, prioritairement, à la tonnellerie.

>> Les picots : petits nœuds indésirables qui rentrent à l'intérieur du bois

>> La gélivure : fente de l'arbre causée par une forte gelée.

>> La roulure : c'est une complication de la gélivure mais elle peut aussi être provoquée par le dégel qui réchauffe et dilate plus rapidement la partie externe du fût de l'arbre.

>> Bois rouge : maladie de l'arbre provoquée par le sol mais dont on ne connaît pas les causes exactes. Elle donne au bois une couleur rouge-orangée.

>> Le fil : le commis de bois sait que les merrains qu'il envoie à la merranderie doivent être le plus droits possibles et ne comporter aucun nœuds… ce qu'il résume par l'expression : " avoir le fil bien droit ".






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